Plus j'avance dans la maladie, plus j'ai l'impression que mon identité m'échappe, que je n'arrive plus à me reconnaître, à savoir qui je suis. Où est passée la Stéphanie sportive, aventureuse, délurée, dynamique, intrépide, festive que j'étais autrefois ? Suis-je encore un peu de tout cela ? Je n'arrive pas à discerner mes nouvelles limites. Soit  que je reste attachée aux anciennes, que j'ai connues si longtemps et qui constituaient mon identité. Soit qu'elles évoluent constamment.

      Pas un jour ne ressemble à un autre. Ce que je pouvais faire la veille m'est parfois difficile le lendemain. Je ne trouve pas mon rythme, je pars trop vite, je m'essouffle, et c'est le KO assuré. 

     Le pire, c'est que j'aime l'effort soutenu, les sports intenses, travailler mon cardio. Le reste m'ennuie profondément. Mais il faut bien avouer que cela devient de plus en plus compliqué. Je suis par ailleurs entourée de sportifs, ce qui est loin de rendre la tâche plus aisée.

     Jusque là, j'étais encore dans le combat : je vais le faire, je peux le faire, je deviens fainéante, ce n'est qu'une question de temps et de mental.

L'intérniste qui me suit était pourtant perplexe l'autre jour: " Du squash avec la maladie de Lyme? C'est beaucoup trop violent."

Je n'en ai fait qu'à ma tête. Je n'ai rien voulu écouter. Mais j'ai bien vu. 

Que les séances étaient de plus en plus compliquées.

Que je récupérais de moins en moins.

Que parfois je ne finissais même pas une session, ou à quel prix.

Mais j'ai persisté ...

     Seulement là, alors que je n'ai pas réussi à monter en haut de la cathédrale de Milan à pieds, alors qu'il a fallu que je redescende de façon anticipée par ascenseur, alors que j'ai ressenti à la fois mille émotions violentes m'envahir, alors que je viens de lire qu'on ne guérit pas d'un  Lyme tertiaire, je crois que je vais finir par devoir intégrer la leçon: c'est fini, je ne suis plus la Stéphanie sportive et intrépide des vingt dernières années passées. Point .

     Mais alors, une question demeure. Qui suis-je aujourd'hui ? Comment est-ce que je me définis maintenant que tout cela appartient bel et bien au passé ?

Il reste tout un avenir à tracer, à redessiner, un nouvel entourage à se créer, d'autres compétences à développer.

Une nouvelle identité à se redéfinir.

Les portes sont grandes ouvertes et un vide immense s'offre à moi ... J'ai très peur.

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